La vie intérieure d'un dyslexique

Je m’appelle Axel et on m'a dit que j'étais dyslexique ou dys quelque chose - voici mon histoire.
J'ai 14 ans, une sœur plus grande et un petit frère. Mes parents ne s'entendent pas sur tout, ils se disputent souvent, surtout quand je leur montre mes dernières évaluations.
Quand j'étais petit, j'ai remarqué que je n'arrivais pas à faire les choses comme tout le monde. Les lettres se mélangeaient devant mes yeux, à chaque fois que la maîtresse me demandait de lire devant la classe. Je resentais mon cœur qui battait tellement fort qu'il aurait pu sortir de ma poitrine. Mes yeux fatiguaient à force de se concentrer. Mes amis souriaient avec une tête bizarre. Les filles baissaient les yeux pour ne pas voir la honte dans mes yeux. Mon visage devenait tout rouge. Un gros nuage planait au-dessus de ma tête. Mes oreilles commençaient à siffler. J'étais comme dans un cauchemar, sauf que là, je ne pouvais pas me réveiller. J'aurais creusé un trou pour m'engouffrer dedans. J'aurais aimé tomber dans les pommes devant tout le monde, que le SAMU arrive, la télévision, les hélicoptères. Qu'ainsi tous sachent que ce n'était pas moi qui ne savait pas lire, mais mon cerveau qui buguait.
Plus grand, j'ai vu que j'étais futé, plus futé que mes pots, parfois même plus futé que mes parents, même s'ils m'ont toujours pris pour un nullos. Pourquoi je vis ça, pourquoi mon cerveau n'arrive pas à faire son travail lorsqu'on lui met la pression. J'ai l'impression de redevenir un gamin de 5 ans - je le vois parfois prendre ma place : être maladroit, bègue, débile et nase. Je suis presque comme mon petit frère, sauf que je n'ai plus sa confiance.

Mais à l'intérieur de moi, il y a un Axel top, débrouillard, rapide, intelligent. Un Axel qui sait qu'il est meilleur que les autres, plus sensible, plus fort. Un Axel qui va apprendre aux autres des choses que lui seul sait. Un Axel qui n'a pas peur de voyager dans son imaginaire, de visiter des mondes où tout est possible. Comment sortir cet Axel à la lumière pour que les autres le voient aussi, surtout mes parents qui s'inquiètent pour moi, qui me parlent de CAP ou de vie ratée, de manque d'argent et des emmerdes, une vie comme la leur, en fait, quand j'y pense. Mais leur vie n'est pas la mienne.
Ils pensent m'aider avec leurs RV chez des psys et orthophonistes qui me disent tous (ou presque) que c'est mieux pour moi de dire à tout le monde que je suis dys et qu'ainsi les profs vont me prendre en "charge" - comme si j'avais besoin d'être réparé ou "emménagé" - leur mot à la mode. Mais moi, j'en veux pas de cette aide, je ne veux pas porter des béquilles toute ma vie, car mes jambes sont fortes, plus fortes que dans tous leurs tests et bilans.

J'aimerais que ma sœur ainée, qui est "intelligente" elle, arrête de me juger, de me dire que je ne travaille pas assez. Personne ne comprend que je "travaille" H24 avec les regards des autres, avec cette émotion de me sentir nul à chaque pas, avec cette image d'un avenir médiocre, avec mes peurs qui grandissent d'un jour en jour. Je ne veux pas que ces ombres gagnent, sinon l'Axel le grand, le fort, ne sortira jamais de sa boîte, ne verra jamais la lumière du jour.

A chaque conseil "avisé" des parents, des amis, des profs, cet Axel s'enfonce de plus en plus dans sa boite et se dit que désormais elle sera sa maison, sa grotte d'où il ne peut plus sortir, car il devient de plus un plus une ombre lui aussi, comme une image floue d'un garçon qui a rêvé de lui-même.
Et pourtant les choses sont simples. J'ai juste besoin d'être aimé comme les autres, ni plus ni moins. J'ai besoin qu'ils me voient MOI et pas ma dyslexie. C'est pas grave de confondre la gauche et la droite. C'est pas grave de faire des fautes d’orthographe si notre discours est sincère. Non ? J'ai vu de la méchanceté déguisée dans de belles paroles, des discours intelligents qui étaient là pour te prendre une partie de toi, de ton temps, de ton argent.

Nous les dys sommes venus avec notre différence pour nous accorder au nouveau monde, qui ne fonctionnera plus avec un cerveau si cérébral, si logique, si plat. Notre cerveau qui ne plaît pas à tout le monde, car il n'arrive pas à entrer dans leurs cases, fera la différence quand il va falloir être créatif, dispersé et imaginatif.

J'espère que ce message touchera les autres dys comme moi, pour leur donner de l'espoir et de la confiance. La dyslexie n'est pas une maladie mais une bénédiction dans le nouveau monde. J'espère que ce message touchera les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants. Sachez que cela ne sert à rien de vouloir une place à vos enfants dans l'ancien monde, car vos enfants sont venus déjà calibrés pour bien fonctionner dans le nouveau monde. Dans quelque temps, vous allez le comprendre et le voir de vos yeux et vous serez enfin fiers.

Axel, ancien dyslexique

PS. Cette histoire a été imaginée par Oana Martins par rapport à son expérience personnelle et ses ressentis intuitifs.


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